Les cinq idéaux du Reiki, appelés 五戒 — Gokai — cinq préceptes, occupent une place centrale dans l’enseignement transmis par Mikao Usui. Derrière leur formulation très courte se trouve un véritable chemin de transformation : vivre pleinement le moment présent, se libérer de ce qui perturbe l’être, développer les vertus et accomplir avec conscience son chemin de vie.

En Occident, nous parlons le plus souvent des « cinq idéaux du Reiki ». Le terme « préceptes » reste cependant plus proche de 五戒 — Gokai.

Ces préceptes ne doivent pas être compris comme cinq commandements imposés de l’extérieur, ni comme une simple liste de conseils destinés à rendre une personne plus calme ou plus aimable.

Ils proposent un travail intérieur profond, qui engage notre manière d’être, de penser, de ressentir, d’agir et d’entrer en relation avec le monde.

Les cinq idéaux du Reiki ne demandent pas de réciter des phrases sans les comprendre. Ils nous invitent à purifier ce qui nous affecte, à développer les vertus et à incarner progressivement une autre manière d’être.

Le texte japonais des cinq préceptes

Les cinq préceptes sont précédés, dans la calligraphie traditionnellement attribuée à Mikao Usui, de plusieurs formulations qui en présentent la fonction et la portée.

心身改善 — Shinshin kaizen
Amélioration de l’esprit et du corps

臼井靈氣療法 — Usui Reiki Ryōhō
Méthode Reiki d’Usui

教義 — Kyōgi
Enseignement ou principes

招福の秘法 — Shōfuku no hihō
Méthode secrète pour inviter le bonheur

萬病の霊薬 — Manbyō no reiyaku
Remède spirituel aux innombrables afflictions

Cette dernière formulation appartient au vocabulaire spirituel et traditionnel de l’époque. Elle ne doit pas être comprise comme une promesse médicale ni comme l’affirmation que le Reiki pourrait guérir toutes les maladies.

Les cinq préceptes sont ensuite présentés ainsi :

今日だけは — Kyō dake wa
Aujourd’hui seulement

怒るな — Ikaru na
Pas de colère

心配すな — Shinpai suna
Pas de souci

感謝して — Kansha shite
De la gratitude

業をはげめ — Gyō wo hageme
Accomplir son devoir avec diligence

人に親切に — Hito ni shinsetsu ni
De la bienveillance envers autrui

Cette présentation conserve volontairement des formulations françaises courtes. La traduction permet de transmettre les mots. L’interprétation permet ensuite d’en comprendre la profondeur.

Traduire, interpréter et adapter

Plusieurs versions des cinq idéaux circulent aujourd’hui. Elles ne correspondent pas toutes au même niveau de lecture.

Il est utile de distinguer :

  • le texte japonais, qui constitue la formulation de référence ;
  • la traduction, qui cherche à rester proche des mots ;
  • l’interprétation, qui développe leur portée intérieure, spirituelle ou énergétique ;
  • l’adaptation, qui modifie parfois les mots ou leur ordre pour les rendre plus accessibles à un autre public.

Texte japonais :
怒るな — Ikaru na

Traduction retenue :
Pas de colère

Interprétation :
Se libérer progressivement de la colère et, plus largement, des émotions négatives ou perturbatrices qui maintiennent la personne dans la réaction.

Adaptation occidentale :
Juste pour aujourd’hui, je me libère de toute colère.

Ces différentes formes peuvent avoir leur utilité. Elles ne doivent simplement pas être confondues.

今日だけは — Kyō dake wa — Aujourd’hui seulement : vivre pleinement le moment présent

今日だけは — Kyō dake wa — Aujourd’hui seulement introduit et soutient l’ensemble des cinq préceptes.

Cette expression ne signifie pas simplement : « faites un effort pendant une journée et vous recommencerez demain ».

Elle nous invite avant tout à vivre pleinement le moment présent.

Une grande partie de notre agitation vient de notre difficulté à rester dans ce qui est réellement en train de se vivre.

Nous retournons vers le passé. Nous rejouons certaines expériences, nous entretenons des regrets, nous cherchons encore à modifier intérieurement ce qui s’est déjà produit ou nous continuons à nous définir à partir de ce que nous avons vécu.

Nous nous projetons également vers le futur. Nous imaginons ce qui pourrait arriver, nous construisons des scénarios, nous anticipons des difficultés et nous vivons parfois émotionnellement des événements qui n’existent encore que dans notre esprit.

Pendant ce temps, nous perdons le contact avec ce que nous sommes réellement en train de faire, de ressentir et d’être.

Aujourd’hui seulement nous invite à sortir de ces projections pour revenir :

  • à ce que nous sommes en train de faire ;
  • à notre respiration ;
  • à notre corps ;
  • à nos sensations ;
  • à la personne qui se trouve devant nous ;
  • à notre état intérieur réel ;
  • à ce qui existe maintenant ;
  • et surtout à l’Être.

Il ne s’agit pas seulement de penser au présent. Il s’agit de l’habiter.

Le passé n’est plus accessible autrement que par nos souvenirs. Le futur n’existe encore que dans nos projections. Le seul espace dans lequel nous pouvons réellement vivre, ressentir, agir et nous transformer est le moment présent.

Vivre le moment présent ne signifie pas oublier notre histoire ni renoncer à préparer l’avenir.

Nous pouvons apprendre du passé. Nous pouvons organiser, prévoir et construire. Mais nous accomplissons toujours ces actions maintenant.

Le problème apparaît lorsque le passé et le futur nous retirent du présent, lorsque nous ne sommes plus disponibles à ce que nous faisons ou lorsque nous traversons notre vie sans réellement l’habiter.

Lorsque vous pratiquez le Reiki, vos mains sont posées maintenant. Votre respiration se déroule maintenant. Votre attention est présente maintenant.

Ce principe s’applique à toute la vie : accomplir pleinement le geste en cours, écouter réellement, ressentir ce qui est présent et revenir à l’Être avant de repartir dans les projections, les souvenirs ou l’agitation mentale.

Aujourd’hui seulement, soyez pleinement présent à ce que vous faites et à ce que vous êtes.

Une progression intérieure cohérente

Les cinq idéaux ne forment pas une succession de conseils indépendants.

Dans l’approche que je transmets, ils décrivent une progression intérieure.

  1. Revenir au moment présent, car aucune transformation réelle ne peut se produire ailleurs que maintenant.
  2. Se libérer et se purifier, en travaillant sur les perturbations émotionnelles et mentales.
  3. Développer les vertus, notamment la gratitude et la bienveillance.
  4. Accomplir son chemin, en assumant avec diligence ce que nous avons à vivre, à comprendre et à réaliser.

Les deux premiers préceptes, 怒るな — Ikaru na — Pas de colère et 心配すな — Shinpai suna — Pas de souci, concernent le travail de libération et de purification.

Le premier porte principalement sur le plan émotionnel.

Le second concerne principalement le plan mental.

Dans la lecture énergétique que je transmets, ce travail permet de se libérer progressivement de ce qui affecte les plans les plus denses de l’être : le plan éthérique, le plan émotionnel et le plan mental.

La gratitude et la bienveillance invitent ensuite à développer des qualités qui transforment la manière de percevoir, d’agir et d’entrer en relation.

L’accomplissement du devoir donne enfin une direction concrète à ce travail. Il relie la transformation intérieure au chemin de vie et à ce que chacun a réellement à accomplir.

Revenir au présent, purifier ce qui nous affecte, développer les vertus et accomplir son chemin : les cinq idéaux décrivent une véritable dynamique de transformation.

怒るな — Ikaru na — Pas de colère

怒るな — Ikaru na est traduit ici par :

Pas de colère

Cette formulation ne signifie pas seulement : « ne vous mettez pas en colère ».

Elle ne demande pas non plus de nier la colère, de la refouler ou de présenter extérieurement un visage calme alors que l’émotion continue à agir intérieurement.

La colère est une émotion. Elle peut apparaître lorsqu’une limite est franchie, lorsqu’une injustice est perçue, lorsqu’une blessure est réactivée ou lorsqu’une situation ne correspond pas à ce que nous attendions.

Mais ce précepte va plus loin que la seule colère.

Dans la lecture que je transmets, la colère représente également l’ensemble des émotions négatives ou perturbatrices dont nous avons à nous libérer pour ne plus être continuellement affectés et gouvernés par elles.

Ce travail peut concerner :

  • la colère ;
  • la peur ;
  • la jalousie ;
  • la culpabilité ;
  • la honte ;
  • le ressentiment ;
  • l’amertume ;
  • la tristesse lorsqu’elle devient enfermement ;
  • la haine ;
  • le sentiment d’injustice ;
  • ou toute émotion qui nous maintient dans la souffrance et la réaction.

La peur appartient bien au plan émotionnel.

Elle ne doit pas être confondue avec les pensées, les scénarios et les anticipations mentales qui peuvent ensuite l’alimenter, la renforcer ou la maintenir.

Une émotion peut contenir une information. Elle peut révéler une blessure, une mémoire, une limite, un besoin ou une partie de nous qui demande à être reconnue.

Le travail ne consiste donc pas à condamner l’émotion, mais à l’observer, à comprendre ce qu’elle révèle, puis à transformer ce qui permet à cette émotion de nous affecter continuellement.

Vous pouvez vous demander :

  • Quelle émotion est réellement présente ?
  • Quelle situation l’a réveillée ?
  • Quelle blessure ou quelle mémoire est touchée ?
  • Est-ce la situation présente qui provoque cette réaction, ou ce qu’elle réactive en moi ?
  • Qu’est-ce que cette émotion cherche à me montrer ?
  • Comment puis-je me transformer afin de ne plus être gouverné par elle ?

Se libérer de la colère ne consiste donc pas uniquement à mieux contrôler une réaction.

Il s’agit d’un travail de purification et de transformation du plan émotionnel.

Le but n’est pas de devenir insensible. Il est de ne plus être prisonnier des mêmes réactions, des mêmes blessures et des mêmes émotions répétitives.

心配すな — Shinpai suna — Pas de souci

心配すな — Shinpai suna est traduit ici par :

Pas de souci

Ce précepte concerne principalement le plan mental.

Il ne signifie pas que vous devez arrêter de réfléchir, négliger les difficultés ou vivre sans aucune prévoyance.

Le mental possède une fonction utile. Il permet d’analyser, d’organiser, de comprendre, de prévoir et de prendre des décisions.

Le déséquilibre apparaît lorsque le mental cesse de remplir cette fonction et entretient continuellement :

  • les pensées négatives ;
  • les préoccupations ;
  • les ruminations ;
  • les projections vers le futur ;
  • les scénarios imaginaires ;
  • les souvenirs répétés du passé ;
  • les jugements permanents ;
  • les croyances limitantes ;
  • l’anticipation de ce qui pourrait mal se passer ;
  • les pensées qui tournent en boucle sans produire de réponse utile.

Une pensée n’est pas une émotion.

La peur, par exemple, appartient au plan émotionnel. Les scénarios qui la nourrissent, l’anticipation de ce qui pourrait arriver et les images mentales qui la maintiennent appartiennent au plan mental.

Le mental peut donc alimenter une émotion sans se confondre avec elle.

Le travail proposé par 心配すな — Shinpai suna — Pas de souci consiste à se libérer progressivement des pensées négatives et des constructions mentales qui nous éloignent du moment présent.

Vous pouvez distinguer :

  • ce qui demande réellement une réflexion ;
  • ce sur quoi vous pouvez agir maintenant ;
  • ce qui doit être préparé concrètement ;
  • ce qui ne dépend pas de vous ;
  • ce qui appartient déjà au passé ;
  • ce qui n’existe encore que dans votre imagination ;
  • ce que vous continuez à entretenir mentalement sans pouvoir le résoudre.

« Pas de souci » ne demande donc pas de faire taire le mental par la force.

Ce précepte invite à purifier progressivement l’activité mentale afin que les pensées ne nous maintiennent plus dans les projections du passé, dans les anticipations du futur ou dans une agitation permanente.

Le mental peut nous aider à agir dans le présent. Lorsqu’il nous enferme dans le passé ou nous projette continuellement dans le futur, il nous retire de l’endroit même où la vie se déroule.

感謝して — Kansha shite — De la gratitude

感謝して — Kansha shite est traduit ici par :

De la gratitude

Après le travail de libération émotionnelle et mentale, les préceptes invitent à développer les vertus.

La gratitude ne consiste pas à nier les difficultés, à minimiser une souffrance ou à prétendre que tout ce qui arrive est positif.

Elle nous invite à ouvrir notre regard.

Lorsque nous sommes affectés par une difficulté, notre attention peut se fixer entièrement sur ce qui manque, ce qui fait mal, ce qui a été perdu ou ce qui ne se déroule pas comme nous l’aurions souhaité.

La gratitude nous permet de reconnaître également :

  • les personnes présentes à nos côtés ;
  • les enseignements que nous avons reçus ;
  • les expériences qui nous ont permis d’évoluer ;
  • les ressources que nous possédons déjà ;
  • les gestes simples du quotidien ;
  • la beauté que nous ne regardons plus ;
  • les possibilités qui restent ouvertes ;
  • la vie elle-même.

Développer la gratitude transforme progressivement notre manière de percevoir.

Elle ne supprime pas ce qui est difficile. Elle empêche que notre conscience se referme entièrement autour de la difficulté.

Dans certaines adaptations occidentales, la gratitude est étendue aux parents, aux enseignants et aux ancêtres.

Cette formulation rappelle que nous ne nous sommes pas construits seuls. Nous avons reçu une vie, une histoire, des expériences, des connaissances et des transmissions.

Certaines de ces transmissions ont pu être imparfaites ou douloureuses. La gratitude n’oblige pas à tout approuver. Elle permet de reconnaître ce qui a été reçu, ce qui a été appris et ce que nous choisissons aujourd’hui de transformer.

La gratitude ne demande pas d’idéaliser la vie. Elle nous apprend à reconnaître ce qui continue à nous soutenir, à nous nourrir et à nous permettre d’avancer.

業をはげめ — Gyō wo hageme — Accomplir son devoir avec diligence

業をはげめ — Gyō wo hageme est l’un des préceptes dont la lecture et la traduction varient le plus.

Nous pouvons rencontrer :

  • travaillez avec diligence ;
  • accomplissez votre devoir ;
  • soyez appliqué dans votre travail ;
  • vivez honnêtement ;
  • consacrez-vous à votre pratique ;
  • consacrez-vous à votre karma.

Le caractère peut recevoir différentes lectures et différentes nuances selon le contexte.

Il est souvent lu gyō dans les transmissions du Reiki et associé au travail, à l’activité, à la pratique ou au devoir. Certains chercheurs contemporains proposent la lecture , dans le sens bouddhique de karma et du travail intérieur que chacun porte.

Ces deux approches peuvent se rejoindre lorsqu’on comprend le devoir comme ce que chacun a réellement à accomplir au cours de son existence.

Dans cette ressource, je retiens :

Accomplir son devoir avec diligence

Le mot « devoir » ne désigne pas seulement une obligation imposée de l’extérieur.

Il ne s’agit pas de travailler toujours davantage, de glorifier le surmenage ou de mesurer la valeur d’une personne à sa productivité.

Ce précepte renvoie au chemin de vie.

Chacun porte des expériences à traverser, des responsabilités à assumer, des capacités à développer, des compréhensions à intégrer et une place à occuper.

Accomplir son devoir avec diligence signifie avancer sérieusement dans ce qui nous revient, sans fuir continuellement nos responsabilités, sans abandonner notre chemin et sans attendre que les autres accomplissent notre part.

Cela peut concerner :

  • notre vie personnelle ;
  • notre activité professionnelle ;
  • notre famille ;
  • nos engagements ;
  • notre évolution intérieure ;
  • notre pratique spirituelle ;
  • les choix que nous avons à poser ;
  • ce que nous avons à comprendre ;
  • ce que nous sommes amenés à transmettre ;
  • la manière dont nous donnons un sens concret à notre existence.

La diligence parle de présence, de persévérance, de sincérité et d’engagement.

Elle ne demande pas de courir. Elle demande de ne pas abandonner ce qui appartient réellement à notre chemin.

Dans le Reiki, recevoir une initiation ouvre une possibilité. Cette possibilité ne prend pleinement forme qu’à travers la pratique, l’expérimentation, la régularité et l’intégration.

Ce précepte peut vous inviter à vous demander :

  • Quelle responsabilité est-ce que je continue à éviter ?
  • Qu’ai-je réellement à accomplir dans cette période de ma vie ?
  • Mes actes sont-ils cohérents avec ce que je dis vouloir vivre ?
  • Quel apprentissage cette situation m’invite-t-elle à approfondir ?
  • Qu’est-ce qui appartient à mon chemin et que je repousse encore ?
  • Quelle part de mon existence demande aujourd’hui davantage de présence et d’engagement ?

人に親切に — Hito ni shinsetsu ni — De la bienveillance envers autrui

人に親切に — Hito ni shinsetsu ni est traduit ici par :

De la bienveillance envers autrui

La bienveillance est une vertu qui transforme profondément notre manière d’entrer en relation.

Elle ne signifie pas tout accepter, éviter chaque désaccord ou nous sacrifier pour les autres.

Elle nous invite à agir avec davantage de conscience, de respect, d’écoute et de justesse.

La bienveillance peut prendre des formes très simples :

  • écouter avant de répondre ;
  • respecter les limites d’une personne ;
  • éviter de juger trop rapidement ;
  • parler avec davantage de discernement ;
  • proposer une aide sans l’imposer ;
  • reconnaître que chacun suit son propre chemin ;
  • respecter le libre arbitre ;
  • ne pas chercher à contrôler l’autre sous prétexte de l’aider ;
  • agir sans attendre systématiquement une récompense ou une reconnaissance.

La bienveillance concerne également la relation que nous entretenons avec nous-mêmes.

Une bonté qui nous conduit à nous nier, à supporter l’inacceptable ou à nous épuiser finit par créer un nouveau déséquilibre.

Nous pouvons être bienveillants tout en disant non, en posant une limite ou en prenant de la distance.

La bienveillance véritable n’est pas une faiblesse. Elle demande de la conscience, de la stabilité, du discernement et parfois une grande fermeté intérieure.

Être bienveillant envers autrui ne demande pas de s’abandonner soi-même.

Pourquoi l’ordre des préceptes est-il important ?

L’ordre des préceptes n’est pas anodin.

Dans la version japonaise couramment transmise, nous trouvons :

  1. 怒るな — Ikaru na — Pas de colère ;
  2. 心配すな — Shinpai suna — Pas de souci ;
  3. 感謝して — Kansha shite — De la gratitude ;
  4. 業をはげめ — Gyō wo hageme — Accomplir son devoir avec diligence ;
  5. 人に親切に — Hito ni shinsetsu ni — De la bienveillance envers autrui.

Les deux premiers préceptes concernent la purification :

  • se libérer des perturbations émotionnelles ;
  • se libérer des pensées négatives et des perturbations mentales.

La gratitude marque ensuite l’ouverture vers le développement conscient des vertus.

L’accomplissement du devoir inscrit ce travail dans la réalité du chemin de vie.

La bienveillance permet enfin que cette transformation ne reste pas centrée sur soi, mais se manifeste dans la relation avec les autres.

Nous pouvons donc lire cette progression comme un mouvement :

Présence

Purification émotionnelle

Purification mentale

Développement des vertus

Accomplissement du chemin de vie

Manifestation de la bienveillance dans la relation

Certaines versions occidentales ont inversé la colère et les préoccupations, puis développé ou modifié les trois préceptes suivants.

Ces adaptations peuvent être intéressantes sur le plan pédagogique. Elles peuvent toutefois faire perdre une partie de la logique du travail intérieur : purifier d’abord le plan émotionnel, puis le plan mental, avant de développer les vertus et d’incarner cette transformation dans la vie.

Avant de chercher à manifester les vertus, il est nécessaire d’accepter de regarder, de purifier et de transformer ce qui continue à nous maintenir dans la réaction.

La version occidentale des cinq idéaux

Dans de nombreuses lignées occidentales, les cinq idéaux sont transmis sous une forme plus développée :

Juste pour aujourd’hui, je me libère de toute préoccupation.

Juste pour aujourd’hui, je me libère de toute colère.

Juste pour aujourd’hui, je rends grâce pour mes nombreuses bénédictions, j’honore mes parents, mes enseignants et mes ancêtres.

Juste pour aujourd’hui, je vis ma vie honnêtement.

Juste pour aujourd’hui, je respecte la vie sous toutes ses formes.

Cette version a largement contribué à faire connaître les idéaux du Reiki en Occident.

Elle modifie cependant plusieurs éléments :

  • l’ordre de la colère et des préoccupations est inversé ;
  • la formulation devient personnelle avec l’emploi du « je » ;
  • la gratitude est étendue aux parents, aux enseignants et aux ancêtres ;
  • le devoir et la diligence deviennent une invitation à vivre honnêtement ;
  • la bienveillance envers autrui devient le respect de la vie sous toutes ses formes.

Cette adaptation conserve une valeur pédagogique et spirituelle.

Elle ne doit simplement pas être présentée comme une traduction littérale du texte japonais.

Les cinq préceptes viennent-ils de l’empereur Meiji ?

Une affirmation souvent répétée dans le Reiki occidental attribue directement les cinq préceptes à l’empereur Meiji.

Les éléments historiques disponibles demandent davantage de prudence.

La stèle commémorative consacrée à Mikao Usui établit un lien entre les enseignements moraux de l’empereur Meiji et les principes transmis dans le Reiki.

Cette relation montre l’importance du contexte moral et spirituel de l’époque dans la pensée de Mikao Usui.

Elle ne permet cependant pas d’affirmer que l’empereur Meiji a lui-même rédigé les cinq préceptes sous la forme que nous connaissons.

Il est donc plus juste de présenter les 五戒 — Gokai — cinq préceptes comme un enseignement transmis par Mikao Usui, inscrit dans le contexte culturel, spirituel et moral du Japon de son époque.

Le texte du Dr. Bizan Suzuki publié en 1914

Un texte publié plusieurs années avant le développement du Reiki présente une forte ressemblance avec les cinq préceptes.

En 1914, le Dr. Bizan Suzuki publie un ouvrage intitulé :

健全の道 — Kenzen no Michi — Le chemin de la santé

Cet ouvrage contient une série de préceptes formulés ainsi :

今日丈けは怒らず
Kyō dake wa ikarazu
Aujourd’hui seulement, pas de colère

恐れず
Osorezu
Pas de peur

正直に
Shōjiki ni
Avec honnêteté

職務を励み
Shokumu wo hagemi
S’appliquer dans l’accomplissement de son devoir

人に親切
Hito ni shinsetsu
De la bienveillance envers autrui

La ressemblance avec les préceptes transmis par Mikao Usui est notable :

  • la même introduction par « aujourd’hui seulement » ;
  • l’absence de colère ;
  • le travail sur la peur ou les préoccupations ;
  • l’honnêteté ou la gratitude ;
  • l’application dans l’accomplissement du devoir ;
  • la bienveillance envers autrui.

Nous ne disposons cependant pas, à ce jour, d’un élément permettant d’affirmer avec certitude que Mikao Usui a lu cet ouvrage, rencontré le Dr. Bizan Suzuki ou repris directement son texte.

Il peut s’agir d’une influence, d’une source commune ou d’idées déjà présentes dans différents courants japonais consacrés à l’éducation, à la santé et à la transformation de l’être humain.

Cette proximité enrichit la recherche historique. Elle ne permet pas encore d’établir une filiation certaine.

Lorsqu’une source ouvre une piste sans apporter de preuve définitive, il est préférable de présenter cette piste avec prudence plutôt que de transformer une ressemblance en certitude historique.

Pourquoi existe-t-il plusieurs versions ?

Plusieurs traductions et interprétations des cinq préceptes circulent aujourd’hui.

Ces différences peuvent venir :

  • des nuances propres à la langue japonaise ;
  • des différentes lectures possibles de certains caractères ;
  • du caractère ancien de certaines formulations ;
  • des choix effectués par les traducteurs ;
  • des adaptations destinées au public occidental ;
  • des orientations propres à chaque école ou lignée ;
  • de la volonté de rendre les préceptes plus faciles à comprendre ou à réciter.

Une traduction littérale cherche à rester proche des mots.

Une interprétation cherche à expliquer ce que ces mots peuvent signifier dans la pratique.

Une adaptation modifie parfois la formulation, le vocabulaire ou l’ordre afin de transmettre une lecture particulière.

Ces trois démarches peuvent être légitimes, à condition de les présenter clairement.

Comment réciter les cinq préceptes ?

L’instruction traditionnellement associée aux préceptes est formulée ainsi :

朝夕合掌して — Asayū gasshō shite
Matin et soir, joignez les mains en Gasshō

心に念じ — Kokoro ni nenji
Gardez ces paroles dans le cœur et dans l’esprit

口に唱へよ — Kuchi ni tonae yo
Récitez-les à voix haute

合掌 — Gasshō — mains jointes désigne la posture dans laquelle les paumes sont réunies devant le cœur ou le visage.

Les préceptes peuvent être récités assis dans une posture stable.

La posture traditionnelle 正座 — Seiza — assise à genoux peut être utilisée, mais elle n’est pas indispensable. Le plus important est de pouvoir rester présent, stable et disponible.

Une pratique simple

  1. Installez-vous dans une posture stable.
  2. Joignez les mains en 合掌 — Gasshō.
  3. Revenez à votre respiration et au moment présent.
  4. Récitez lentement chaque précepte.
  5. Laissez un temps de silence entre chaque phrase.
  6. Observez ce que chaque précepte réveille en vous.
  7. Restez quelques instants dans la présence, sans chercher à analyser immédiatement.
  8. Terminez en choisissant éventuellement un précepte à vivre plus consciemment au cours de la journée.

Vous pouvez réciter les préceptes en japonais ou en français.

La qualité de la présence compte davantage que la perfection de la prononciation.

Dans certaines transmissions, les 五戒 — Gokai — cinq préceptes sont récités trois fois.

La répétition ne doit pas devenir mécanique. Elle peut permettre d’entendre d’abord les mots, de les laisser ensuite entrer plus profondément dans la conscience, puis de les accueillir comme un engagement intérieur.

La place des Gokai dans la pratique du Reiki

Les cinq préceptes peuvent être récités seuls ou intégrés à d’autres pratiques du Reiki.

Selon les transmissions, ils peuvent être associés à :

  • 発霊法 — Hatsurei Hō — méthode de développement de l’énergie spirituelle ;
  • la méditation en 合掌 — Gasshō ;
  • l’auto-pratique ;
  • les rassemblements appelés 修養会 — Shūyōkai — rencontres consacrées à la pratique et au perfectionnement ;
  • la réception du 霊授 — Reiju — transmission spirituelle.

Leur présence rappelle que le Reiki ne se résume pas à l’apposition des mains.

La pratique énergétique et le travail intérieur ne sont pas séparés.

Poser les mains peut accompagner un temps de pratique. Les préceptes invitent à prolonger cette pratique dans la manière de penser, de ressentir, d’agir, d’accomplir son chemin et d’entrer en relation avec les autres.

Réciter ne suffit pas

La récitation constitue un point de départ.

Les cinq idéaux prennent leur véritable sens lorsqu’ils rencontrent la vie quotidienne.

Vous pouvez réciter 怒るな — Ikaru na — Pas de colère, puis observer ce qui se passe lorsqu’une situation réveille une émotion difficile.

Vous pouvez réciter 心配すな — Shinpai suna — Pas de souci, puis reconnaître le moment où votre mental commence à rejouer le passé ou à construire des scénarios sur le futur.

Vous pouvez réciter 感謝して — Kansha shite — De la gratitude, puis prendre conscience de ce que vous recevez sans toujours le voir.

Vous pouvez réciter 業をはげめ — Gyō wo hageme — Accomplir son devoir avec diligence, puis regarder ce que vous évitez alors que cette étape appartient réellement à votre chemin.

Vous pouvez réciter 人に親切に — Hito ni shinsetsu ni — De la bienveillance envers autrui, puis observer la manière dont vous écoutez, parlez, jugez, accompagnez et respectez les limites.

La valeur des cinq idéaux ne dépend pas du nombre de fois où nous les récitons, mais de la manière dont ils transforment progressivement notre présence, nos réactions, nos choix et nos relations.

Choisir un précepte pour la journée

Vous n’avez pas besoin de travailler les cinq préceptes avec la même intensité chaque jour.

Vous pouvez en choisir un le matin et l’utiliser comme fil conducteur.

Par exemple :

  • revenir consciemment au moment présent chaque fois que vous vous perdez dans le passé ou le futur ;
  • observer une émotion sans réagir immédiatement ;
  • repérer les pensées qui entretiennent inutilement une difficulté ;
  • reconnaître plusieurs éléments pour lesquels vous ressentez de la gratitude ;
  • accomplir avec présence une étape de votre chemin que vous repoussez ;
  • poser un geste de bienveillance sans attendre de retour.

Le soir, vous pouvez reprendre ce même précepte et observer ce que vous avez vécu.

Il ne s’agit pas de vous noter, de vous juger ou de déterminer si vous avez réussi.

L’objectif est de développer une conscience plus fine de votre fonctionnement et des transformations qui restent nécessaires.

Les préceptes ne demandent pas la perfection

Les émotions reviendront. Les pensées négatives aussi.

Il vous arrivera de quitter le moment présent, d’oublier la gratitude, de manquer de bienveillance ou d’éviter une responsabilité qui appartient pourtant à votre chemin.

Cela ne signifie pas que vous avez échoué.

Les cinq préceptes ne décrivent pas un personnage parfait que vous devriez réussir à devenir.

Ils indiquent une direction.

Chaque fois que vous prenez conscience d’une émotion, d’une pensée, d’une projection ou d’un comportement répétitif, vous créez déjà un espace dans lequel une transformation devient possible.

Quitter le moment présent fait partie de l’expérience humaine. Apprendre à y revenir fait partie de la pratique.

Les cinq idéaux au cœur du Reiki

Les 五戒 — Gokai — cinq préceptes rappellent que le Reiki ne se limite pas à une technique énergétique.

Ils relient la pratique des mains à un véritable chemin de transformation :

  • vivre pleinement le moment présent ;
  • sortir des projections du passé et du futur ;
  • purifier le plan émotionnel ;
  • purifier le plan mental ;
  • libérer progressivement ce qui affecte la vitalité et le plan éthérique ;
  • développer la gratitude ;
  • accomplir son chemin de vie avec diligence ;
  • développer la bienveillance dans la relation avec les autres.

Dans mon enseignement, je considère ces préceptes comme une base essentielle du Reiki.

Les techniques peuvent évoluer, se compléter et s’approfondir. Les idéaux rappellent continuellement la direction intérieure qui donne du sens à la pratique.

Poser les mains peut accompagner un moment. Les cinq idéaux peuvent transformer toute une manière d’être et de vivre.

Les cinq idéaux en résumé

今日だけは — Kyō dake wa — Aujourd’hui seulement
Vivez pleinement le moment présent. Sortez des projections du passé et du futur pour revenir à ce que vous faites et à ce que vous êtes.

怒るな — Ikaru na — Pas de colère
Libérez et transformez progressivement les émotions négatives ou perturbatrices qui vous maintiennent dans la réaction.

心配すな — Shinpai suna — Pas de souci
Purifiez les pensées négatives, les projections et les ruminations qui entretiennent l’agitation mentale.

感謝して — Kansha shite — De la gratitude
Développez la capacité à reconnaître ce qui vous soutient, vous nourrit et vous permet d’évoluer.

業をはげめ — Gyō wo hageme — Accomplir son devoir avec diligence
Avancez avec présence, sincérité et engagement sur votre chemin de vie.

人に親切に — Hito ni shinsetsu ni — De la bienveillance envers autrui
Développez une relation plus consciente, respectueuse et juste avec les autres, sans vous oublier vous-même.

Les cinq idéaux du Reiki sont courts, mais ils contiennent une véritable voie de transformation.

Vous n’avez pas à les maîtriser parfaitement. Vous pouvez simplement les laisser vous rappeler, chaque jour et à chaque instant, ce que vous souhaitez libérer, développer, accomplir et incarner.