On raconte souvent que le Reiki est né en 1922, lorsque Mikao Usui s’est retiré pendant vingt et un jours sur le mont Kurama. Cette date est effectivement essentielle dans son histoire, mais elle ne suffit pas à expliquer comment l’Usui Reiki Ryōhō a vu le jour.

Le mot Reiki existait déjà au Japon et, avant Mikao Usui, d’autres pratiques avaient même utilisé l’expression Reiki Ryōhō. De son côté, Usui avait derrière lui un long parcours personnel et spirituel lorsqu’il entreprit sa retraite de 1922. Rien ne permet non plus de penser que l’ensemble de son enseignement lui soit apparu en quelques instants sous une forme déjà complète.

Ce que nous appelons aujourd’hui la naissance du Reiki correspond donc plutôt à une succession d’étapes : le cheminement de Mikao Usui, l’expérience décisive qu’il vit au terme de sa retraite au mont Kurama, puis les quelques années durant lesquelles il expérimente, enseigne et structure progressivement sa propre méthode, l’Usui Reiki Ryōhō.

Comprendre la naissance du Reiki demande donc de distinguer ce qui existait déjà au Japon, l’expérience vécue par Mikao Usui et la méthode qu’il va ensuite développer et transmettre.

Le contexte japonais au début du XXe siècle

Lorsque Mikao Usui commence à enseigner publiquement sa méthode en 1922, le Japon vient de connaître plusieurs décennies de profondes transformations.

Depuis le début de l’ère Meiji, en 1868, le pays s’est modernisé à un rythme très rapide et s’est largement ouvert aux connaissances venues d’Occident. L’enseignement, la médecine, les institutions et même l’organisation des religions ont été profondément remaniés.

Les pratiques traditionnelles n’ont pourtant pas disparu. Le bouddhisme, le shintō, les disciplines ascétiques, les arts martiaux, la méditation, les exercices respiratoires et différentes conceptions du Ki continuent à être pratiqués. À ces traditions s’ajoutent progressivement des méthodes inspirées du magnétisme, de l’hypnose et de différents courants occidentaux.

Les premières décennies du XXe siècle voient ainsi se développer au Japon de nombreuses pratiques agissant, selon leurs propres conceptions, sur le corps, l’esprit, la respiration, la concentration ou la force vitale. Certaines sont regroupées sous le terme :

霊術 — Reijutsu
arts ou techniques spirituelles

Ce contexte permet de mieux comprendre l’époque dans laquelle évolue Mikao Usui. Il ne nous renseigne cependant pas, à lui seul, sur les méthodes qu’il connaissait personnellement ni sur les influences qu’il aurait pu recevoir.

Deux pratiques peuvent présenter des ressemblances sans qu’il existe nécessairement une transmission directe entre elles.

Le mot Reiki existait déjà avant Mikao Usui

Mikao Usui n’a pas inventé le mot :

靈氣 — Reiki

Ce terme appartenait déjà à la langue japonaise et pouvait être employé dans différents contextes.

Plus intéressant encore pour comprendre l’histoire de la méthode, l’expression Reiki Ryōhō était elle aussi utilisée avant que Mikao Usui ne commence à enseigner.

Il faut donc distinguer le mot Reiki de l’Usui Reiki Ryōhō. Le premier existait avant Mikao Usui ; le second désigne la méthode particulière qu’il a développée et qui se trouve à l’origine des principales transmissions du Reiki actuel.

Mataji Kawakami et une méthode Reiki antérieure à celle d’Usui

Le cas de Mataji Kawakami — 川上又次 est particulièrement intéressant.

En 1919, soit trois ans avant la retraite de Mikao Usui au mont Kurama, Kawakami publie un ouvrage intitulé :

霊気療法と其効果
Reiki Ryōhō to Sono Kōka
La méthode Reiki et ses effets

Cette publication nous apporte un élément historique important : dès 1919, l’expression Reiki Ryōhō était utilisée au Japon pour désigner une méthode différente de celle que Mikao Usui développera quelques années plus tard.

On rencontre parfois la date de 1914 pour situer les débuts de la pratique de Kawakami. Cette information est reprise par plusieurs enseignants et chercheurs du monde du Reiki, mais elle est moins solidement documentée que la publication de son ouvrage en 1919. Je préfère donc retenir cette dernière comme repère historique certain et considérer 1914 comme une date rapportée.

Les recherches consacrées aux pratiques spirituelles japonaises de cette époque rapprochent le travail de Kawakami de différents courants qui utilisaient notamment les notions de force vitale ou de prāṇa. On y retrouve parfois le travail avec les mains, la respiration, le regard ou encore certaines pratiques à distance.

Ces ressemblances sont intéressantes pour comprendre le contexte dans lequel apparaîtra ensuite l’Usui Reiki Ryōhō. Elles ne permettent cependant pas d’affirmer que Mikao Usui aurait appris sa méthode auprès de Kawakami.

À ce jour, aucun document connu n’établit que les deux hommes se soient rencontrés, qu’Usui ait étudié auprès de Kawakami ou même qu’il ait lu son ouvrage.

L’utilisation du même mot ne signifie pas non plus qu’ils donnaient exactement le même sens au Reiki ni qu’ils pratiquaient de la même manière.

Ce qui est établi :
Mataji Kawakami publie en 1919 un ouvrage consacré à une méthode appelée Reiki Ryōhō.

Ce qui ne l’est pas :
aucun lien direct entre Mataji Kawakami et Mikao Usui n’a, jusqu’à présent, pu être démontré.

Ce qui distingue la méthode développée par Mikao Usui

L’existence d’autres pratiques portant le nom de Reiki Ryōhō rend particulièrement intéressant un passage de l’Usui Reiki Hikkei.

Dans le texte de présentation publique qui lui est attribué, Mikao Usui présente son propre Reiki Ryōhō comme une méthode originale et explique vouloir la faire connaître au plus grand nombre.

Il ne revendique donc pas nécessairement la création du mot Reiki. Ce qu’il présente comme original est la méthode qu’il a lui-même développée.

Celle-ci est notamment désignée par l’expression :

心身改善 臼井靈氣療法
Shinshin Kaizen Usui Reiki Ryōhō
Méthode Reiki d’Usui pour l’amélioration du corps et de l’esprit

Cette appellation nous renseigne déjà sur l’orientation de son enseignement. La pratique énergétique n’en constitue qu’un aspect : le travail sur soi et l’évolution intérieure occupent également une place importante.

Le cheminement de Mikao Usui avant sa retraite de 1922

Lorsque Mikao Usui se retire au mont Kurama en 1922, son parcours spirituel est déjà ancien. Sa stèle commémorative le présente comme un homme qui a beaucoup étudié, exploré différents domaines et poursuivi ses recherches malgré plusieurs périodes difficiles de son existence.

Plusieurs transmissions japonaises du Reiki associent ce cheminement à la recherche de :

安心立命 — Anshin Ritsumei

Cette expression est parfois traduite simplement par « paix intérieure », mais son sens est plus large. Elle renvoie à une forme de stabilité profonde, dans laquelle l’être humain trouve sa place dans l’existence sans rester continuellement dépendant des événements extérieurs pour conserver son équilibre intérieur.

Cette notion occupe une place importante dans plusieurs transmissions japonaises contemporaines du Reiki, notamment dans l’enseignement de Hyakuten Inamoto, et permet de mieux comprendre la dimension spirituelle attribuée au parcours de Mikao Usui.

Il faut toutefois conserver une distinction importante. Ni la stèle commémorative de 1927 ni les passages connus de l’Usui Reiki Hikkei ne précisent qu’Usui se serait rendu au mont Kurama avec l’objectif explicite d’atteindre Anshin Ritsumei. Ce lien nous vient de transmissions postérieures.

Son parcours spirituel avant 1922 reste imparfaitement documenté

Plusieurs traditions racontent que Mikao Usui aurait pratiqué le Zen pendant quelques années avant sa retraite.

L’un des récits les plus connus rapporte qu’il aurait demandé à son enseignant comment parvenir à l’état spirituel qu’il recherchait. Celui-ci lui aurait répondu, en substance, qu’il devait être prêt à mourir.

Ce récit donne évidemment un sens particulier à l’ascèse qu’Usui entreprendra ensuite. Il appartient à l’histoire transmise du Reiki, mais nous ne disposons actuellement d’aucun document contemporain permettant de confirmer cet échange ni d’en connaître les paroles exactes.

Il est donc préférable de le conserver comme un élément de tradition, sans le présenter comme un épisode historiquement établi.

1922 : la retraite au mont Kurama

En 1922, Mikao Usui se retire sur le mont Kurama — 鞍馬山 — Kurama-yama — situé au nord de Kyoto.

Le mont Kurama est depuis longtemps un lieu important de la vie religieuse japonaise. Le temple Kurama-dera, construit sur ses pentes, trouve ses origines au VIIIe siècle. La montagne était donc associée à des pratiques bouddhiques et ascétiques bien avant l’époque de Mikao Usui.

La retraite qu’il y entreprend n’est pas seulement connue par des récits apparus plusieurs générations plus tard. La stèle commémorative érigée par ses élèves en 1927 rapporte qu’il se rendit sur le mont Kurama, jeûna et se consacra pendant vingt et un jours à une discipline particulièrement exigeante.

Une discipline ascétique de vingt et un jours

Cette période est souvent décrite à l’aide du terme japonais :

修行 — Shūgyō

Shūgyō ne désigne pas une méditation particulière. Le mot peut s’appliquer plus largement à une discipline exigeante destinée à approfondir la pratique et à transformer celui qui s’y engage.

Selon les traditions, ce type d’ascèse peut comprendre de la méditation, des récitations, des marches, des prosternations, des exercices respiratoires, du jeûne ou différentes pratiques spirituelles.

Dans le cas de Mikao Usui, les informations les plus solides sont la durée de vingt et un jours et le jeûne. La stèle commémorative ne décrit pas dans le détail ce qu’il pratiqua pendant cette période.

La piste de la repentance du Lotus

Plusieurs transmissions du Reiki donnent cependant un nom plus précis à la pratique qu’aurait suivie Mikao Usui et l’identifient à une forme de repentance du Lotus.

Cette piste mérite d’être examinée sérieusement, car elle renvoie à des pratiques qui existent réellement dans le bouddhisme.

Dans la tradition Tiantai chinoise, puis dans le Tendai japonais, on trouve notamment des pratiques liées au Sūtra du Lotus telles que :

法華三昧 — Hokke Zanmai — Samādhi du Lotus
法華懺法 — Hokke Senbō — pratique de repentance du Lotus

Certaines disciplines liées au Samādhi du Lotus sont organisées sur une période de vingt et un jours et associent notamment méditation, marche, prosternations, récitations et pratiques de repentance.

Le rapprochement avec la retraite de Mikao Usui est donc loin d’être absurde. Une tradition du Reiki affirme qu’il pratiqua une repentance liée au Sūtra du Lotus ; le bouddhisme Tendai connaît effectivement ce type de discipline ; et la stèle commémorative confirme une retraite de vingt et un jours.

Cette concordance ne suffit cependant pas, à elle seule, à apporter une preuve définitive. Ni la stèle commémorative de 1927 ni les passages connus de l’Usui Reiki Hikkei ne donnent explicitement le nom du rituel suivi par Mikao Usui.

La repentance du Lotus constitue donc une piste historique sérieuse et cohérente. Elle mérite d’être conservée dans l’histoire du Reiki sans être rejetée arbitrairement, mais aussi sans être présentée comme définitivement démontrée.

L’expérience vécue au terme de la retraite

Selon les traductions de la stèle commémorative, Mikao Usui ressentit au terme de ces vingt et un jours une puissante manifestation de Reiki au-dessus de sa tête et accéda à une profonde réalisation. Le texte établit un lien direct entre cette expérience et l’apparition de son Reiki Ryōhō.

Les traductions emploient différents mots pour décrire ce qu’il aurait vécu : éveil, illumination, réalisation ou compréhension de la Voie. Le terme satori est également très présent dans les traditions du Reiki.

Il est néanmoins difficile d’affirmer que ce mot décrit exactement l’expérience de Mikao Usui au sens précis où il est utilisé dans certaines écoles bouddhiques.

L’essentiel est plus simple : au terme de cette ascèse, Mikao Usui vit une expérience suffisamment profonde pour modifier radicalement la suite de son parcours et devenir le point de départ de la méthode qu’il développera ensuite.

Ce que Mikao Usui en dit dans l’Usui Reiki Hikkei

L’Usui Reiki Hikkei apporte ici un témoignage particulièrement intéressant, car le récit attribué à Mikao Usui est beaucoup plus sobre que certaines versions apparues par la suite.

Lorsqu’on l’interroge sur l’origine de son Reiki Ryōhō, il explique qu’il n’a reçu cette méthode de personne et qu’il n’avait pas entrepris son entraînement dans le but d’acquérir un pouvoir particulier.

Il relie la découverte de cette capacité à une période de jeûne précédée d’un entraînement long et difficile.

Plus remarquable encore, il reconnaît avoir lui-même des difficultés à expliquer précisément ce qui s’est produit.

Cette attitude mérite d’être retenue. Mikao Usui décrit une expérience et ce qui en découle dans sa pratique ; il ne prétend pas disposer d’une théorie complète permettant d’en expliquer le mécanisme.

Le fait qu’Usui Sensei lui-même reconnaisse ne pas pouvoir expliquer entièrement ce qu’il avait vécu invite à conserver la même prudence lorsque nous cherchons aujourd’hui à comprendre le Reiki.

Ce que les traditions racontent de son retour

Plusieurs récits transmis après la mort de Mikao Usui racontent ce qui se serait produit lorsqu’il quitta le mont Kurama à la fin de sa retraite.

L’un des plus connus raconte qu’il se serait blessé à un orteil en redescendant de la montagne. En posant spontanément ses mains sur la blessure, il aurait constaté une amélioration rapide.

Certaines traditions rapportent également qu’il aurait perdu connaissance au moment de son expérience spirituelle, puis qu’il aurait perçu le Reiki d’une manière nouvelle lorsqu’il revint à lui.

Ces récits font partie de l’histoire transmise du Reiki et certains ont circulé dans des lignées japonaises anciennes. Ils ne sont cependant pas documentés avec la même précision que la retraite de vingt et un jours elle-même.

Ils peuvent donc être racontés comme des éléments de la tradition, sans leur donner la même valeur qu’aux informations présentes dans les documents les plus proches de Mikao Usui.

Après sa retraite de 1922, l’enseignement commence à prendre forme

L’expérience vécue par Mikao Usui marque un tournant décisif, mais une expérience personnelle ne constitue pas encore une méthode que l’on peut enseigner.

Il lui faut ensuite expérimenter cette nouvelle capacité, apprendre à l’utiliser sur lui-même et auprès d’autres personnes, observer ce qui se produit et trouver une manière de transmettre sa pratique.

Les traditions liées à Mikao Usui rapportent qu’il commença par pratiquer sur lui-même puis auprès de membres de son entourage.

Progressivement, son enseignement se précise. Des exercices sont transmis, une progression est organisée et des moyens sont mis en place pour permettre à d’autres personnes de développer à leur tour cette pratique.

C’est durant cette période que l’expérience personnelle de Mikao Usui devient véritablement une méthode : l’Usui Reiki Ryōhō.

La volonté de transmettre au plus grand nombre

L’Usui Reiki Hikkei permet de comprendre un choix important de Mikao Usui.

Dans le texte de présentation publique qui lui est attribué, il évoque l’ancienne habitude consistant à conserver certaines connaissances au sein d’une famille et à les transmettre uniquement aux descendants.

Il explique clairement qu’il ne souhaite pas agir ainsi et qu’il veut au contraire faire connaître sa méthode plus largement.

Cette décision joue un rôle essentiel dans l’histoire du Reiki. Sans cette volonté de transmission, l’expérience vécue par Mikao Usui aurait pu rester une pratique personnelle ou réservée à un cercle très restreint.

En choisissant de l’enseigner, il permet à d’autres de la pratiquer à leur tour et donne naissance à une véritable transmission.

Avril 1922 : Mikao Usui commence à enseigner à Tokyo

La chronologie devient plus précise au printemps 1922.

La stèle commémorative indique qu’en avril 1922, Mikao Usui s’installe à Harajuku, dans le secteur d’Aoyama à Tokyo, où il commence à enseigner son Reiki Ryōhō.

Le texte rapporte également que de nombreuses personnes vinrent le rencontrer et que certaines se déplaçaient parfois de loin.

La stèle a évidemment été rédigée en hommage à Mikao Usui et son ton est naturellement élogieux. Elle reste cependant l’un des documents les plus proches de cette période et constitue un repère important pour retracer les premières années de son enseignement.

Les débuts de l’Usui Reiki Ryōhō Gakkai

La stèle commémorative indique également qu’en 1922 Mikao Usui fonda à Tokyo un groupe d’étude désigné par le terme :

学会 — Gakkai

En japonais, ce mot peut désigner une société, une association ou encore un cercle d’étude.

Ce groupe est à l’origine de l’organisation connue sous le nom :

臼井靈氣療法学会 — Usui Reiki Ryōhō Gakkai

La stèle attribue donc à Mikao Usui la fondation de cette structure dès 1922.

D’autres témoignages japonais, recueillis plusieurs décennies plus tard, décrivent cependant les débuts de son enseignement comme ceux d’un dojo ou d’un lieu de pratique qui se serait organisé progressivement.

Ces récits ne sont pas nécessairement contradictoires. Un groupe d’étude peut parfaitement exister dès 1922 tout en voyant son fonctionnement et son organisation se préciser au cours des années suivantes.

Ce que l’on peut retenir avec le plus de certitude, c’est qu’à partir de 1922 Mikao Usui enseigne sa méthode à Tokyo dans un cadre organisé, entouré d’élèves qui participent à sa pratique et à sa transmission.

Ce que l’Usui Reiki Hikkei nous apprend sur la pratique

L’Usui Reiki Hikkei constitue l’un des documents les plus intéressants pour comprendre la pratique transmise dans la tradition japonaise issue de Mikao Usui.

Les copies qui nous sont parvenues contiennent notamment :

  • les Gokai ;
  • un texte de présentation destiné au public ;
  • un entretien sous forme de questions et de réponses ;
  • un guide consacré à la pratique sur différentes parties du corps ;
  • ainsi qu’une sélection de poèmes de l’empereur Meiji.

Dans l’entretien attribué à Mikao Usui, la pratique ne se limite pas à poser les mains. Il est également question de passer la main au-dessus d’une zone, de toucher légèrement, d’utiliser le souffle ou encore le regard.

L’Usui Reiki Hikkei montre donc un enseignement plus diversifié que l’image, devenue courante en Occident, d’une séance reposant uniquement sur une succession de positions fixes des mains.

Le vocabulaire thérapeutique employé dans ce document appartient bien entendu au Japon du début du XXe siècle. Le présenter dans une ressource historique permet de comprendre comment Mikao Usui et son entourage parlaient de leur méthode à l’époque ; cela ne revient pas à considérer leurs affirmations comme une démonstration médicale contemporaine.

Il faut également garder à l’esprit que les exemplaires connus de l’Usui Reiki Hikkei ont été conservés et transmis au sein de l’Usui Reiki Ryōhō Gakkai. La traduction française dont nous disposons provient notamment d’une copie que Kimiko Koyama, ancienne présidente de l’organisation, remettait à ses élèves.

Il s’agit donc d’un document de transmission particulièrement précieux, mais cela ne signifie pas nécessairement que chaque page de la version actuelle ait été rédigée personnellement par Mikao Usui.

Les Gokai occupent une place centrale

Les cinq préceptes apparaissent dès le début de l’Usui Reiki Hikkei :

五戒 — Gokai

Ils ne sont pas présentés comme une simple devise philosophique. Le pratiquant est invité à les réciter matin et soir, les mains en Gasshō, et à les intégrer dans sa vie quotidienne.

Leur place confirme que, dans l’enseignement transmis autour de Mikao Usui, la pratique énergétique ne pouvait pas être complètement séparée du travail sur soi.

L’expression Shinshin Kaizen, « amélioration du corps et de l’esprit », prend ici tout son sens.

Les Gokai faisant déjà l’objet d’une ressource spécifique, il n’est pas nécessaire de les développer davantage ici.

Un apprentissage organisé par étapes

L’Usui Reiki Hikkei montre également que l’apprentissage est progressif.

Il mentionne explicitement :

  • Shoden — l’enseignement initial ;
  • Okuden — l’enseignement approfondi ;
  • Shinpiden — l’enseignement profond.

L’accès à Okuden n’y apparaît pas comme automatique. La réponse attribuée à Mikao Usui indique que cet enseignement est destiné aux élèves ayant déjà reçu Shoden, qui pratiquent sérieusement et dont la conduite est jugée satisfaisante.

Plusieurs méthodes supplémentaires sont alors mentionnées, notamment Hatsurei Hō.

L’apprentissage ne consistait donc pas simplement à recevoir une transmission puis à considérer le parcours comme terminé. La pratique régulière, l’expérience et la progression personnelle de l’élève faisaient également partie de l’enseignement.

D’autres documents japonais présentent une organisation plus détaillée des premiers niveaux, avec notamment plusieurs grades à l’intérieur de Shoden. La chronologie exacte de cette organisation reste cependant difficile à établir et sera mieux développée dans une ressource consacrée aux premiers élèves et aux premières transmissions.

Denju, Reiju et la transmission du Reiki

Dans l’Usui Reiki Hikkei, lorsqu’il est question de recevoir l’enseignement de Mikao Usui, on rencontre le terme :

伝授 — Denju
transmission d’un enseignement

Le document affirme également que cette transmission n’est pas réservée à quelques personnes possédant un don exceptionnel. Hommes ou femmes, jeunes ou âgés, personnes instruites ou non peuvent apprendre la méthode.

Dans les témoignages japonais postérieurs apparaît également le terme :

霊授 — Reiju

Fumio Ogawa, dont la transmission passe par son père Keizo Ogawa et Kan’ichi Taketomi, témoigne notamment de rencontres au cours desquelles le Reiju était reçu.

Son témoignage confirme que cette pratique occupait une place importante dans la transmission japonaise du Reiki. Il reste toutefois postérieur à Mikao Usui et ne permet pas, à lui seul, de reconstituer exactement la manière dont Usui réalisait lui-même chaque transmission entre 1922 et 1926.

1923 : le grand séisme du Kantō

Le 1er septembre 1923, un violent séisme dévaste une grande partie de Tokyo et de Yokohama et provoque une catastrophe humaine considérable dans toute la région du Kantō.

La stèle commémorative rapporte que Mikao Usui se mobilisa auprès des personnes touchées et pratiqua auprès de nombreux blessés.

Le texte est naturellement très élogieux et ne permet pas de connaître avec précision l’ampleur de son intervention. Le fait que cet épisode ait été gravé sur son mémorial quelques années seulement après la catastrophe montre néanmoins qu’il avait profondément marqué le souvenir de ses élèves.

Cette période semble également avoir contribué à faire connaître davantage son activité.

Une diffusion rapide entre 1922 et 1926

L’enseignement de Mikao Usui semble s’être développé très rapidement.

Dans l’Usui Reiki Hikkei, une réponse qui lui est attribuée indique qu’il avait déjà transmis sa méthode à plus d’un millier de personnes. La stèle commémorative de 1927 évoque ensuite plus de deux mille élèves.

Nous ne disposons pas aujourd’hui d’un registre complet permettant de vérifier individuellement ces chiffres. Ils témoignent néanmoins de l’image laissée par une méthode qui s’était largement diffusée en seulement quelques années.

En février 1925, le lieu utilisé jusqu’alors étant devenu trop petit, Mikao Usui installe son activité dans un espace plus important à Nakano, à Tokyo.

Il commence également à voyager davantage afin d’enseigner sa méthode dans différentes régions du Japon.

Quatre années pour développer et transmettre sa méthode

Entre la retraite de 1922 et la mort de Mikao Usui, le 9 mars 1926, il ne s’écoule qu’environ quatre ans.

Cette période très courte est essentielle pour comprendre pourquoi il est aujourd’hui si difficile de dater précisément chaque élément de son enseignement.

En quatre années, une expérience personnelle devient une méthode publique. Des élèves sont formés, plusieurs niveaux d’apprentissage sont mis en place, différentes techniques sont enseignées et certaines personnes deviennent suffisamment avancées pour poursuivre ensuite la transmission.

Il paraît donc beaucoup plus vraisemblable que l’enseignement se soit enrichi et précisé au fil de la pratique plutôt que d’avoir été entièrement constitué dès la fin de la retraite de 1922.

Ce que nous pouvons réellement reconstituer aujourd’hui

Les recherches menées au Japon et la redécouverte de documents autrefois inconnus en Occident permettent aujourd’hui de mieux comprendre l’enseignement des premières générations du Reiki.

Elles ne nous donnent cependant pas accès à chaque détail.

Les documents disponibles ne permettent pas de dater avec certitude :

  • l’apparition de chaque technique ;
  • l’introduction de chaque symbole ;
  • les différentes évolutions des niveaux ;
  • la forme précise de chaque Reiju ;
  • ni toutes les modifications intervenues au cours des dernières années de la vie de Mikao Usui.

Certains témoignages attribuent un rôle important à des élèves comme Toshihiro Eguchi, Juzaburo Ushida ou Chujiro Hayashi dans l’évolution de certaines pratiques.

Ces informations sont précieuses, mais elles proviennent souvent de témoignages recueillis plusieurs décennies plus tard et ne sont pas toujours concordantes.

Elles ne doivent pas être rejetées pour cette seule raison, mais il faut les distinguer des informations présentes dans les documents les plus proches de Mikao Usui.

La question des symboles

Les symboles Reiki illustrent particulièrement bien cette difficulté.

Certaines traditions racontent qu’ils auraient été reçus directement par Mikao Usui pendant sa retraite au mont Kurama. D’autres situent leur apparition ou leur utilisation plus tard dans le développement de son enseignement.

Les sources les plus proches de Mikao Usui dont nous disposons actuellement ne permettent pas de déterminer avec certitude à quel moment chaque symbole a été introduit ni comment il était enseigné aux premiers élèves.

Cela ne signifie pas que Mikao Usui ne les utilisait pas. Cela signifie simplement que leur chronologie reste aujourd’hui difficile à établir.

Une tradition peut conserver un élément ancien sans que nous soyons encore capables d’identifier avec précision la date et les circonstances de son apparition.

Un enseignement qui s’est précisé au fil des années

Lorsque l’on rassemble les différentes sources, une histoire beaucoup plus cohérente se dessine.

Mikao Usui entreprend sa retraite de 1922 après un long parcours de recherche et de pratique. Pendant vingt et un jours, il se soumet à une discipline exigeante et vit, au terme de cette période, une expérience qui transforme profondément la suite de son parcours.

Il commence ensuite à expérimenter cette nouvelle capacité puis choisit de la transmettre. À Tokyo, son expérience personnelle devient progressivement un enseignement. Des pratiques sont transmises, une progression est organisée, les Gokai occupent une place centrale et plusieurs élèves approfondissent la méthode.

Lorsque Mikao Usui meurt en 1926, il ne laisse donc pas seulement le souvenir d’une expérience spirituelle. Il laisse une méthode suffisamment structurée pour que ses élèves puissent continuer à la pratiquer, à l’enseigner et à la transmettre.

Quand peut-on dire que le Reiki d’Usui est né ?

Tout dépend finalement de ce que nous désignons par le mot Reiki.

Si nous parlons du terme lui-même, il existait avant Mikao Usui.

Si nous parlons d’une méthode appelée Reiki Ryōhō, l’ouvrage publié par Mataji Kawakami en 1919 montre qu’Usui n’est pas non plus le premier à avoir employé cette expression.

Mais si nous parlons de la méthode dont sont issues, directement ou indirectement, les principales transmissions du Reiki actuel, son origine se trouve bien dans l’enseignement développé par Mikao Usui.

L’année 1922 reste donc fondamentale. Non parce qu’un système complet serait apparu en quelques instants, mais parce qu’elle marque à la fois l’expérience décisive vécue par Mikao Usui et le début de la transformation de cette expérience en une méthode qu’il choisira ensuite de pratiquer, d’enseigner et de transmettre.

En résumé

Mikao Usui n’a pas inventé le mot Reiki et il n’est pas le premier Japonais connu à avoir utilisé l’expression Reiki Ryōhō. Quelques années avant lui, Mataji Kawakami avait déjà publié un ouvrage consacré à une méthode portant ce nom.

Aucun élément ne permet cependant d’établir une transmission entre Kawakami et Usui. Ce que Mikao Usui développe à partir de 1922 est une méthode qui lui est propre et qu’il présente lui-même comme originale : l’Usui Reiki Ryōhō.

Sa retraite de vingt et un jours au mont Kurama est attestée par la stèle commémorative réalisée par ses élèves. La tradition qui associe cette retraite à une pratique de repentance du Lotus est historiquement cohérente et mérite d’être prise au sérieux, même si aucun document proche d’Usui actuellement connu ne donne explicitement le nom de la pratique qu’il suivait.

L’Usui Reiki Hikkei montre ensuite un enseignement beaucoup plus vaste qu’une simple imposition des mains : les Gokai, le travail sur soi, différentes manières de pratiquer, plusieurs niveaux d’apprentissage et une volonté claire de transmettre la méthode au-delà d’un cercle familial.

Entre 1922 et 1926, cet enseignement se développe rapidement. Tout indique qu’il s’est précisé au fil de la pratique et de la transmission, ce qui explique pourquoi il reste aujourd’hui difficile de dater avec certitude l’apparition de chacun de ses éléments.

La naissance de l’Usui Reiki Ryōhō apparaît ainsi comme la rencontre entre le cheminement de Mikao Usui, l’expérience décisive vécue au terme de sa retraite de 1922 et les quelques années durant lesquelles il transforme cette expérience en une méthode de pratique, d’évolution personnelle et de transmission qui lui survivra.